APB, ou la drôle de machine qui détermine notre avenir

Par droitsdeslyceens | Le 14/07/2017 | Billets d'humeur

En ce 14 juillet, jour de fête nationale, quelques milliers d'inscrits se retrouvent délaissés par notre système éducatif, sans affectation. Jour de célébration de la fin d'une société de privilèges, pour le commencement d'une nouvelle ? Lycéens étrangers soupçonnés d'être prioritaires, étudiants en réorientation traités après les néobacheliers, priorité aux habitants de l'académie... Comment ne pas douter d'un système opaque, dont les conséquences sont désastreuses ?

 

Il y a peu, le journal d'opinion Le Drenche nous demandait d'écrire une tribune pour la publication du code source de l'algorithme d'APB. Un membre du ministère de l'éducation nationale devait alors rédiger la tribune opposée, contre la parution du code source. Pression de ses supérieurs, ou simple changement d'opinion ? On ne sait pas. Cependant, il en résulte que le détracteur s'est retiré et, malgré tous ses efforts, la rédaction du journal n'a pas trouvé d'adversaire qui accepte le duel. Alors voici notre tribune pour la publication du code source de ce fameux mal-aimé.

 

Par Hugo Collin, Vice-Président chargé de la Communication

La tribune

    L’article L. 612-3 du Code de l'éducation dispose : “Le premier cycle [universitaire] est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat.”. Or certaines filières universitaires non-sélectives, dites “en tension”, ont une capacité d’accueil inférieure au nombre de candidatures. Dès lors, de nombreux candidats se voient refuser leur affectation dans la filière de leur choix.


Admission Post-Bac (APB) utilise un algorithme qui affecte les futurs bacheliers à différentes formations en fonction de leurs souhaits et des places disponibles, déterminant ainsi l’avenir estudiantin de 850 000 candidats chaque année. Même si aujourd’hui quelques démarches de transparence sont initiées, les critères de sélection de l’algorithme restent très flous. En cas de refus d’affectation dans la licence de leur choix, les bacheliers sont ainsi en droit de douter de la légitimité de cette opération effectuée par APB.


Afin de vérifier la légalité de cette sélection, nous avons demandé au Ministère de l’Éducation Nationale de publier le code source de l’algorithme. Suite au refus de cette demande, nous avons saisi plusieurs instances dont la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) et la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). S’en suit la réception inattendue du code source de l’algorithme. Cependant, il nous est impossible d’analyser l’algorithme sans son dictionnaire des variables, que le ministère ne nous a pas fournit. Leurrée sur une transparence qu’elle croyait acquise, notre association a toutes les raisons de penser que cette sélection comporte des failles légales. En effet, pourquoi nous cacher le fonctionnement d’APB si ce dernier était purement légal ?


Bien que le tirage au sort vienne d’être légalisé par un arrêté, APB permet aux établissement de choisir leur degré de sélectivité, ainsi que leurs critères de sélection, dont certains proposés sont pour le moins choquants et illégaux. Il est ainsi permis, par exemple, de discriminer les candidats en fonction de leur sexe, de leur pays de naissance, de leur nationalité, ou de leur établissement d’origine.


Il est alors indispensable que soient clarifiés les critères de sélection post-bac. Pour cela, le code source 2017 d’APB doit être révélé avec les moyens de décryptage nécessaires, et les textes de loi sur la sélection étudiante doivent être actualisés.


D’ailleurs l’État semble nous donner raison puisque la première recommandation du rapport #OpenAPB d’Etalab est : “Publier, sans attendre une nouvelle demande de communication, le code source de la dernière version d’APB”.