Droit à l'intégrité physique et morale

Introduction

Harcelement

Crédit de l'image : Lee Morley sur Flickr

 

"T'as vu la sale pute avec sa jupe qui lui mange la chatte ? Askip, elle a encore baisé 3 mecs la semaine dernière."

"Eh regarde les tapettes qui s'embrassent là-bas ! C'est dégueulasse."

"Eh Amir, tu veux une banane ? C'est ça dit rien ouais, rentre chez toi plutôt."

 

Les parents imagineraient difficilement entendre ces paroles sortir de la bouche de leurs enfants, et pourtant :

  • 82 % des Françaises ont subi le harcèlement de rue avant 17 ans.1
  • Un·e jeune homosexuel·le a un risque de commettre une tentative de suicide 5 à 10 fois plus élevé que la moyenne.2
  • 10 % des lycéen·ne·s sont victimes de harcèlement scolaire.3

 

Des témoignages et des statistiques, nous pourrions malheureusement en donner pendant des heures. Nous avons choisi de représenter les plus courants, mais il en existe beaucoup d'autres.

Le harcèlement scolaire, qu'est-ce que c'est ?

Définition du harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire a été défini en 1993 par Dan Olweus, professeur de psychologie norvégien : « Un·e élève est victime de harcèlement lorsqu'iel est soumis de façon répétée et à long terme à des comportements agressifs visant à lui porter préjudice, le·la blesser ou le·la mettre en difficulté de la part d'un·e ou plusieurs élèves. Il s’agit d’une situation intentionnellement agressive, induisant une relation d’asservissement psychologique, qui se répète régulièrement¹. »

 

Autres définitions utiles

  • agression : acte ou propos violent à l'égard d'une ou plusieurs personnes, destiné à blesser la personne, ou ce qu'elle représente
  • discrimination : action de traiter une personne de manière moins favorable qu'une autre personne sur un critère illégitime (origines, nationalité, orientation sexuelle, genre, croyances politiques ou religieuses)

 

Différents types de violences à l'École

Les violences scolaires peuvent être d'ordre physique, verbal ou sexuel. Elles peuvent être ou non : en ligne (cyberviolences) ; volontaires ; répetées ; basées sur principes discriminatoires. Dans tous les cas, elles ont pour effet de porter atteinte à l'intégrité d'une personne, pouvant ainsi nuire à sa réussite scolaire (décrochage, baisse de notes, mauvais comportement) comme à sa santé mentale (suicide, dépression).

 

Le harcèlement scolaire, ça touche qui ?

Le harcèlement ne touche pas seulement les autres : un·e élève sur dix serait victime de harcèlement scolaire, selon une étude de l’Observatoire de la violence scolaire²
La fin de l'école primaire et le collège sont les années où les élèves sont le plus susceptibles de subir des agressions en milieu scolaire : la tranche des 12-14 ans est la plus exposée au risque de harcèlement3. Toutefois, le harcèlement scolaire peut être présent à tous les âges, même lors des études supérieures.
Aujourd'hui, le harcèlement se manifeste également par le biais d'internet et des nouvelles technologies, on parle alors de cyber-harcèlement. Le cyber-harcèlement peut se manifester par la publication de photos compromettantes (ce qui est évidemment interdit), de commentaires menaçants, moqueries, de la réception de messages agressifs répétée, etc. Le cyber-harcèlement est un harcèlement scolaire qui poursuit la victime jusqu’à son domicile, par l’intermédiaire des réseaux sociaux. 

 

Le harcèlement, quelle conséquences ?

  • Sur le·la harcelé·e : elles sont très importantes. Une personne harcelée peut tomber dans la dépression, ne plus vouloir aller au lycée, refuser de l’aide, boire, fumer pour fuir la réalité, etc. Dans des cas extrêmes mais réels, le harcèlement mène au suicide. Une étude psychologique estime qu'il y plus de conséquences négatives pour une personne harcelée par ses pairs que pour un enfant maltraité4
  • Mais il y a aussi des conséquences sur la personne qui harcèle. Un·e « harceleur·euse » peut être très bien lui ou elle-même une victime (chez lui ou chez elle par exemple) ; alerter quelqu'un du harcèlement peut aider et le ou la harcelé·e et le ou la « harceleur·euse ». Il existe différents types de personnes qui harcèlent5 :
    • Un·e élève qui ne veut pas être exclu·e du groupe et fait comme tout le monde.
    • Un·e élève ex-harcelé·e qui reproduit ce qu’iel a vécu.
    • Un·e élève qui n’éprouve pas de compassion pour l’autre. Manipulateur·rice, c'est le profil le plus dangereux. 

Beaucoup d’élèves qui harcèlent se sentent coupables ensuite6. D’autres se marginalisent, et peuvent devenir réellement violent·e·s : on dénombre deux fois plus de condamnations d’ancien·ne·s « harceleur·euse·s » à des peines pour violence entre leurs 15 et 20 ans que chez des non-« harceleur·euse·s ». À 48 ans, les ex-« harceleur·euse·s » sont deux fois plus à estimer leur vie sociale « ratée » que les adultes qui n’étaient pas « harceleur·euse·s » au collège7.

 

Le triangle harceleur·euse - harcelé·e - témoin·te

Harceleur·euse, harcelé·e et témoin·te·s forment un triangle où les rôles peuvent s'inverser : les témoin·te·s peuvent devenir victimes du ou de la harceleur·euse ou reproduire le harcèlement ailleurs ; le harcèleur ou la harceleuse est souvent la victime de quelqu'un d'autre et ne trouve pour seul moyen d'alléger sa souffrance que de reproduire ce qu'iel subit ; de même, le harcelé ou la harcelée peut devenir harceleur·euse.

 

Que risque une personne qui harcèle ?

  • Des sanctions internes, prises par le chef d'établissement ou par le conseil de discipline.
  • Des sanctions pénales. On ne peut que vous inviter, si vous êtes harcelé·e, à aller porter plainte au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie (iels n'ont pas le droit de refuser de prendre une plainte). 
    • Le harcèlement moral, défini comme "le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale", peut être puni au maximum d'une année d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende9
    • Lorsqu'il est commis sur une personne de moins de 15 ans, et/ou en ligne, et/ou dans d'autres circonstances aggravantes, le harcèlement peut être puni au maximum de deux ans de prison et de 30 000 € d'amende10

Généralement, le simple fait de faire convoquer le ou la « harceleur·euse » par le proviseur voire à la police arrête net le harcèlement.

Comment lutter contre le harcèlement et les violences à l'École ?

Il est impératif d'agir.

Nous avons toutes et tous à coeur de lutter contre les agressions, les discriminations et le harcèlement. Que ces derniers soient d'ordre physique, moral ou sexuel, il est évident qu'ils n'ont pas leur place dans nos écoles. Mais comment lutter contre les discriminations, les agressions et le harcèlement scolaire ? Comment agir lorsqu'on en est victime ou témoin·te ? Et avant tout, comment s'assurer que nous n'en sommes pas nous-mêmes auteur·e·s ?

 

Que faire face à une situation de harcèlement ?

10 conseils contre harcelement gouv

  • Vous pouvez aller voir l'infirmier·ère ou autre membre du personnel médical, le ou la psychologue scolaire, ou encore le ou la  CPE ou un·e professeur·e de votre établissement si vous êtes victime, témoin·te d'un acte de harcèlement. L’établissement peut très bien sanctionner des élèves coupables de harcèlement, même si celui-ci est effectué en ligne, et/ou en dehors des cours, comme le rappelle la circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014 : « Un harcèlement sur internet entre élèves est [...] de nature à justifier une sanction disciplinaire »8. Le ou la chef·fe d’établissement est dans l’obligation d’agir s’iel est informé·e d’une situation de harcèlement. S’iel ne le fait pas, contactez-nous rapidement.

  • Vous n'avez pas envie d'en parler à quelqu'un qui vous connaît ? Pas de souci, des permanences téléphoniques existent pour cela :

Stop harcelement 1

 

  • « Stop harcèlement » au 30 20 (anciennement 0808 807 010). Il s’agit un numéro d’aide, de conseil et d’écoute pour les personnes victimes de harcèlement. Il n'est malheureusement ouvert que du lundi au vendredi, de 9 h à 18 h et est fermé les jours fériés, du 15 juillet au 17 août ainsi que du 23 décembre au 6 janvier. 
  • « Net Écoute » au 0800 200 000 : aide, conseil et écoute pour les personnes victimes de cyber-harcèlement. Numéro gratuit, anonyme, confidentiel (il n’apparaît pas sur les factures téléphoniques), ouvert du lundi au vendredi de 9h. à 19h.
  • Le 119 : gratuit, anonyme et confidentiel, accessible 24h./24 et 7j./7. 

 

Les ambassadeur·rice·s lycéen·ne·s contre le harcèlement

En octobre 2015, le Conseil national de la vie lycéenne (CNVL) et la mission ministérielle pour la prévention et la lutte contre les violences en milieu scolaire lancent le dispositif des « ambassadeur·rice·s lycéen·ne·s contre le harcèlement ».

CNVL demande généralisation du dispositif à toutes les académies

 

trois min par établissements, volontaires, adulte ressource

avec l’accord et le soutien du ou de la chef·fe d’établissement

doivent nécessairement recevoir une formation d’une journée, dispensée par une personne qualifiée – référent·e harcèlement académique ou départemental ou toute autre personne formée sur cette question et connaissant les outils de la politique ministérielle Les adultes ressources des établissements peuvent être invité·e·s à cette journée de formation mais les élèves doivent rester au cœur de cette journée.

 

Les amabassadeur·rice·s ont deux missions qui doivent guider leur projet :

  • sensibiliser :
  • intervenir : adultes de leur établissement, lesquel·elle·s prendront en charge le règlement de la situation

Notes, en savoir plus

  1. enquête de climat scolaire et de victimation, réalisée par la DEPP en 2015 auprès de 300 lycées français

  2. Les minorités sexuelles face au risque suicidaire​, étude de l'INPES parue en 2014

  3. étude internationale sur le harcèlement de rue, réalisée par l'association Hollaback! et l'université de Cornell en 2015 auprès de 16 600 femmes de 22 pays

  4. Définition de Dan Olweus, professeur de psychologie à l'université de Bergen (Norvège). 

  5. Une étude menée en 2011 par l'Observatoire international de la violence à l'école et par l'U.N.I.C.E.F. auprès d'élèves en primaire conclut que 10 % de ceux-ci sont victimes de harcèlement.
    Une autre étude menée auprès de collégien·ne·s en 2009 conclut que 8,4 % de ceux-ci se déclarent harcelé·e·s.

  6. Guide pratique pour lutter contre le cyber-harcèlement entre élèves, ministère de l'Éducation nationale, p.7 : d'après les chiffres issus des cas traités par la plateforme Net-Écoute, « la tranche des 12-14 ans est la plus exposée au risque de harcèlement (45%, contre 25% des 9-11 ans et 28% des 15-17 ans) ». 

  7. Ashley Strickland, « Bullying by peers has effects later in life » (anglais), C.N.N., 08/05/2015, accessible ici et résumé en français là.

  8. Nadia Daam, « Que faire si votre enfant est harcelé à l’école ? »Slate.fr, 15/11/2013.

  9. Lire les commentaires de l'article précité. Lire également : Clémence Bodoc, « Harcèlement scolaire : parole aux « harceleuses », Madmoizelle.com, 23/07/2013. 

  10. « Bullying as a predictor of offending, violence et later life outcomes » (anglais), par David P. Farrington et Maria M. Ttofi, Institute of Criminology de l’Université de Cambridge, 2011.

  11. Circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014 relative à l’application de la règle, aux mesures de prévention et aux sanctions dans les établissements du second degré : « Une faute peut reposer sur des faits commis hors de l'établissement scolaire, s'ils ne sont pas dissociables de la qualité de l'élève. Par exemple, il a été jugé que laisser un message injurieux sur le répondeur téléphonique personnel d'un enseignant qui l'avait exclu de ses cours n'est pas détachable de la qualité d'élève et peut être sanctionné (CAA Lyon, 13 janvier 2004 - TA Paris, 17 novembre 2005 - TA Versailles, 13 novembre 2007). Un harcèlement sur Internet entre élèves est donc de nature à justifier une sanction disciplinaire. »

  12. Code pénal, art. 222-33-2-2 : « Le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende lorsque ces faits ont causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ont entraîné aucune incapacité de travail. »

  13. Ibid. : « Les faits mentionnés au premier alinéa sont punis de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende : [...] lorsqu'ils ont été commis sur un mineur de quinze ans ; [...] lorsqu'ils ont été commis par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ». 

 

 

 

Une question ? Une remarque ? Contactez-nous ! 
Envie de vous impliquer pour lutter contre le harcèlement scolaire et défendre les droits lycéens ? Adhérez !